© 2019 by Christophe Martin. Proudly created with Wix.com

pièces

Un rayon de soleil

L’idée de cette pièce m’est venue près avoir vu Le square de Marguerite Duras mis en scène par Didier Bezace au théâtre de la Commune à Aubervilliers (janvier 2004), le texte de Duras date de 1955 et je me suis demandé ce que pourraient se dire un homme et une femme qui se rencontrent dans un square aujourd’hui. Car ce qui m’intéresse dans le texte de Duras, c’est avant tout la situation : ce qui se joue entre deux êtres solitaires qui se parlent et tout ce qui pourrait se passer.

Au même moment, je voyais Lost in translation le film de Sofia Coppola, et je ne peux pas m’empêcher de voir un lien, puisqu’il s’agit aussi de la rencontre de deux personnes seules (évidemment dans un contexte différent). Ainsi, on se demande tout le temps, si malgré la différence d’âge ou de situation personnelle et sociale, il ne pourrait pas se passer quelque chose entre les deux.

Tout de suite après avoir vu ces deux œuvres, j’ai eu envie de reprendre la même situation que dans Le square de Marguerite Duras et de travailler sur une conversation entre un homme et une femme qui se rencontrent et se parlent pour la première fois dans un parc.

Il s’agit d’abord d’un travail sur la conversation, fort dépréciée aujourd’hui comme l’écrit le metteur en scène Didier Bezace dans le texte de présentation de son spectacle Le square : « Très répandue dans notre société, la conversation a perdu aujourd’hui toute sa valeur. Les conversations vaines, inutiles, vides, envahissent les écrans de télévision. »

Ainsi j’imagine des personnages qui ont envie de parler, de converser, sans qu’on puisse y voir derrière, dans un premier temps, une quelconque intention, ils ont soif de parole, de s’exprimer mais aussi de l’autre, d’écouter, de s’abreuver, ils s’écoutent.

J’ai souhaité aborder le problème du lien social et de la solitude, notamment dans les grandes villes ; des célibataires, de la difficulté de trouver l’âme sœur, de vivre en couple. Comment les gens se sont refermés sur eux-mêmes, à cause de la télévision peut-être. Comment ils peuvent se réfugier en elle, comment la télévision et d’autres moyens de communication ont fortement influencé la détérioration du lien social et comment il est difficile de vivre sans. On a besoin de ce lien social, alors qu’on a pas forcément besoin de la télévision. C’est un peu un cliché de dire cela mais j’ai pu m’apercevoir au cours de mes différents ateliers d’écriture ou simplement de recueils de paroles comment les anciens notamment regrettent cette époque sans télévision où justement la conversation était un art de vivre et permettait le lien, la connaissance de l’autre, les discussions inter-générationnelles et pouvaient au moins éviter la méfiance et la peur de l’autre.

Je fais le pari de la simplicité, car ce sont des gens simples même si sous cette apparente simplicité, voire cette banalité, se trame des personnalités plus complexes, qui bouillonnent à l’intérieur mais ne laissent sortir que des bribes de cette agitation interne. Le contexte de leur vie est donc tout aussi important que ce qu’ils racontent et la difficulté consiste à faire sentir sous cette simplicité et cette banalité, une souffrance, un désespoir et aussi bien sûr une lueur d’espoir.

Ils vont parler d’amour, en général, pourtant ils ne vont jamais tenter de se séduire, du moins directement. Mais il est primordial de sentir l’espoir d’une possible histoire d’amour entre eux, malgré leur différence, leur opposition. Il faut qu’il y ait quelques petits signes de cet espoir et surtout que le texte suscite cette envie chez le lecteur / spectateur.

Au final, l’essentiel, c’est la question du bonheur et c’est cela qui les préoccupe le plus, c’est ce qui revient le plus fréquemment :comment être heureux aujourd’hui, est-ce que la société de consommation peut nous apporter ce bonheur, doit-on se réfugier dans les valeurs traditionnelles comme la famille et le travail ? Comment de la rencontre de deux être solitaires, un peu désespérés, peut naître un espoir ?

Simplicité est le mot qui accompagne ce projet : une histoire simple, des gens simples, une écriture simple et je l’imagine fort bien, une mise en scène très simple elle-aussi, un décor simple, dans un théâtre ou dans un parc, pourquoi pas ? Tout cela pour souligner une seule chose, les sentiments des deux personnages et ce qui les anime, et les faire partager aux lecteurs / spectateurs.

Ce texte marque une rupture dans mon travail car je mesure la difficulté d’aller vers cette simplicité, ce dépouillement, une forme de justesse, moi qui ai plutôt tenté jusqu’à maintenant de « charger » fortement mes pièces ou d’aller vers des formes nouvelles.

2 personnages (1 femme, 1 homme), 37 pages.

Inédit.